La fantastique histoire du monde des cabarets

Oct 13, 2023 | Historical, History, Non classé

Cabaret – le mot vous fait rêver et vous choque en même temps. Alors que certains vont tout de suite songer au Lido, aux Folies bergères ou encore au Moulin Rouge, d’autres ont l’image en tête de lieux de la basse prostitution où proxénètes et « artistes » de l’Europe de l’est se mélangent. Bon nombre pensent également aux nombreux films qui ont glorifiés ces établissements : dès lors, qui dit cabaret, dit Paris, glamour, dit « Willkommen, bienvenu, welcome ». Pronocez le mot « cabaret » et vous avez une vision de la Belle Epoque, des « Roaring Twenties » et de Josephine Baker en jupon de bananes qui vous sortent plus de la tête!

Et même s’il est vrai que certains étaient sur le point de sortir l’eau bénite en apprenant qu’un « cabaret » allait ouvrir à Redange-sur-Attert, il convient cependant de préciser ce qu’est un cabaret. Il nous importe de préciser également que pour ouvrir un débit de boissons alcoolisées au Luxembourg, il vous faut obtenir une licence de cabaretage – et qui voudrait apparenter l’Administration des Douanes et Accises aux milieux scabreux?

Et dans un autre registre, au Luxembourg comme en Allemagne, le terme cabaret ou Kabarett a comme sens celui du Cabaret politique, socialement engagé, tel qu’il fût propagé au Luxembourg par Jemp Schuster ou Jhemp Hoscheit.

Allez, on vous embarque pour un voyage à travers l’histoire du monde des cabarets!

Les origines du terme « Cabaret »

Jusqu’au XIVe siècle un cabaret est un lieu de consommation de boisson — une taverne ou une auberge — où l’on pouvait également manger. Désormais, un cabaret est un établissement permettant de consommer de la nourriture et des boissons tout en regardant un spectacle.

Étymologiquement, l’opinion communément répandue adopte « cambret » ou « cabret » (terme d’origine picarde, signifiant « petite chambre » ou « établissement où l’on sert des boissons »). Néanmoins il semble que ce mot qui apparait en langue d’oïl au XIVe siècle, doit sa racine au prototype arabe kharabat signifiant en turc, persan et pachto « lieu de prostitution » et « débit de boissons alcooliques ou taverne». Khammarât , autre racine arabe signifiant « taverne », est également proposé comme racine.

À Paris, il y avait trois sortes de cabarets : les cabarets qui vendent au détail, à pot et à pinte (on y boit seulement), les cabarets qui vendent à pot et assiette (on y boit et on y mange) et puis finalement les cabarets qui donnent à manger, à boire et logent et qu’on appelle auberges.

Pour être reçu cabaretier, à Paris, il fallait avoir une lettre des Maîtres et Gardes de l’Hôtel-de-Ville et du Procureur du Roi. Les officiers de police veillaient à ce que les cabaretiers ne donnent pas à boire les dimanches et fêtes pendant l’«office divin». Ils devaient en outre ne pas ouvrir à Pâques, à la Pentecôte, à la Notre-Dame d’août, à la Toussaint et à Noël, à l’exception des cabaretiers à pot et à pinte qui pouvaient rester ouverts. Cela nous rappelle un peu les coutumes au Luxembourg, où il était également mal vu de fréquenter les cafés certains jours de l’année.

Danseuses en rose - Edgar Degas 1880

Paris à la Belle époque: l’amour toujours!

Le cabaret s’épanouit alors que la capitale française entre dans l’âge d’or de la Belle Époque. C’est une période de prospérité où la culture est en plein essor et où l’extravagance fleurit; le cabaret va tirer profit de l’optimisme de l’époque. On assiste à la création de cafés-concerts qui permettent d’abolir, pour un temps, les barrières sociales. Les prix étant bas, on y rencontre des riches comme des ouvriers. Les Parisiens affluent dans les cabarets de Montmartre, formant une congrégation d’habitués qui enrichit la culture de la ville et incarne l’esprit de l’époque.

Les cafés-concerts les plus renommés en France étaient Le Chat noir et les Folies Bergère. Ces cafés faisaient restaurant, café-concert, théâtre, etc. Ce fût l’arrivée du Chat Noir, un établissement emblématique qui s’installa en 1881 à Montmartre, qui changea tout. Lorsque le fondateur Rodolphe Salis décida de marier la bonne nourriture et l’alcool bon marché avec du divertissement et de la satire politique, il sut qu’il avait trouvé une combinaison gagnante. Salis assumait le rôle d’hôte dans ses locaux, accueillant chaque numéro sur scène et apportant une dose de comédie politique entre deux actes. Il fut le premier Maître de Cérémonie parisien, inventant un rôle qui fait encore partie intégrante du cabaret aujourd’hui.

La très illustre compagnie du Chat noir

Le Chat Noir connut un succès fulgurant : sa popularité fut telle qu’il franchit les fractures sociales de la ville. Chaque nuit, sous un seul plafond taché de fumée, les riches de Paris côtoyaient des étudiants, des peintres, des écrivains et des prostituées.

Le Chat noir représentait, pour ses clients (dames de la société, touristes, banquiers, médecins, artistes, journalistes) un lieu où ils pouvaient s’échapper de leur travail. Mais il dut fermer ses portes en 1897, car l’amusement commençait à sembler vulgaire et en raison de la mauvaise situation de l’économie.

Cependant, les Folies Bergère sont restées ouvertes jusqu’au début du XXe siècle et continuèrent d’attirer beaucoup de gens, même si ce cabaret était plus cher que les autres du même genre. Les clients s’y sentaient libres : ils pouvaient garder leur chapeau dans le café, parler, manger, fumer quand ils le voulaient, etc. Ils ne devaient pas se plier à des règles sociales.

Comme beaucoup de cafés-concerts, Les Folies Bergère présentaient des numéros variés : on y montrait des chanteurs et des danseurs, des jongleurs ou encore des clowns. On y voyait des personnages sensationnels (comme la famille Birmane, dont tous les membres portaient une barbe). Le cabaret proposait aussi des numéros de cirque qui épataient les spectateurs, attirés surtout par le danger (en effet, il arrivait que les lions tuent le dompteur – oups !). Mais la scène n’était pas le seul divertissement. Les clients qui ne regardaient pas le spectacle se baladaient ou rencontraient des amis.

Le Moulin rouge

Mais l’histoire du monde des cabarets ne saurait être complète sans mentionner la naissance de la plus célèbre maison de cabaret de l’histoire en 1889. Dès l’instant où le Moulin Rouge est apparu au pied de la butte Montmartre, il était assuré de voler la vedette aux autres lieux miteux qui l’entouraient. Cet extérieur distinctif était assorti d’un intérieur encore plus ostentatoire, dont les somptueux canapés, les rideaux de velours et les lustres scintillants offraient un luxe que Paris n’avait jamais vu auparavant. Tout cela faisait partie d’un plan élaboré par les propriétaires du Moulin Rouge pour attirer les plus riches de la ville dans un quartier d’artistes émergents. Ce fut un nouveau triomphe pour le cabaret et le lieu devint rapidement le lieu de rendez-vous de Parisiens de tous les horizons.

Le spectacle de variétés du Moulin Rouge était aussi éclectique que son public, un mélange rauque de chants, de danses et de clowneries. Son spectacle phare : une danse rapide et très rythmée, finalement baptisée le cancan. Les danseuses de cancan telles que La Goulue, Jane Avrile, et Nini Pattes en l’air sont toujours dans les mémoires aujourd’hui, immortalisées dans les tableaux de l’artiste Henri de Toulouse-Lautrec. Avec le reste de la communauté hétéroclite du Moulin Rouge, elles sont devenus une image déterminante de Paris pendant la Belle Époque.

Au début du XXe siècle, à l’approche de la Première Guerre mondiale, les prix ont augmenté et le cabaret est devenu réservé aux plus riches.

Et le reste du monde dans tout ca?

Le succès du Moulin Rouge conduit à l’ouverture de nouveaux cabarets à Paris et dans le monde entier. L’Allemagne de l’après-guerre set révèle être un terrain particulièrement fertile pour le genre, avec le ‘kabarett’ qui se développe comme une branche distinctive du cabaret. Profitant du nouveau libéralisme de la République de Weimar, les cabarets allemands ajoutent une sombre satire politique et de l’humour noir aux spectacles. Ce fût l’époque où Christopher Isherwood visita Berlin de 1929 à 1932 et en tira son livre » Goodbye to Berlin »- roman sur lequel sa basera le célèbre musical « Cabaret ».

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les cabarets américains se nourrissent de l’irrésistible essor de la musique jazz. Pendant la prohibition de l’alcool, l’intime nature des « speakeasy« , bars clandestins, fait le lit au cabaret : les bars clandestins et les cabarets deviennent pratiquement synonymes. Les cabarets américains ne tardent pas à proposer un élément plus audacieux : le burlesque, mélange de strip-tease et de divertissement. Le burlesque devient de plus en plus populaire tout au long du début du XXe siècle. Bien que le burlesque se soit progressivement démodé à partir du milieu du siècle, l’icône vintage Dita Von Teese et d’autres ont contribué à un grand renouveau de la forme dans les années 1990.

Le Lido de Paris est le premier cabaret à devenir un lieu de divertissement pour le tout Paris. De nombreuses icones comme Edith Piaf, Dalida ou encore plus récemment Elton John se sont produits.

Plus récemment, on assiste à une renaissance du cabaret sous la forme du café-théâtre. Apparu à Paris dans les foisonnantes années 1970, ce concept s’est répandu dans toute la France. Alternant les périodes de grand succès et de vaches maigres, ces cabarets modernes ont bien résisté au temps et ont vu l’éclosion de toute une génération de chanteurs, d’humoristes et de comédiens.

L’essor du café-théatre

Le Cabaret est antérieur au café-théâtre, et bien qu’ils aient des ressemblances, il s’agit de deux univers différents. Le premier propose des spectacles comiques-artistiques, c’est-à-dire basés sur l’humour et le spectaculaire avec du chant et de la danse, alors que le second est à la recherche d’un théâtre nouveau.Le café-théâtre est, comme son nom l’indique, un petit théâtre dans lequel il est possible de boire, mais ce n’est pas nécessairement le cas.

Le cadre plutôt restreint qui s’offre aux artistes les oblige à s’adapter, du au fait que les moyens techniques tout comme le nombre d’acteurs sur scène sont limités. De plus, la représentation ne dure généralement que 50 à 60 minutes permettant ainsi l’enchaînement de plusieurs spectacles devant un public restreint lui aussi, la salle ne pouvant contenir qu’une quarantaine, voire une cinquantaine de personnes.

Le café-théâtre est un lieu de liberté dans lequel les artistes peuvent s’exprimer sans tabou, et où la proximité et l’intimité avec le public sont ses principales caractéristiques. Le concept du café-théâtre dans sa forme et sa programmation date des années 1960.

Au fil des années, les cafés-théâtres apparaissent et disparaissent, mais le genre a toujours autant de succès ; on compte 21 cafés-théâtres en 1977 à Paris.

Ce nouveau genre doit son succès à un besoin de renouveau dans le théâtre des années 1960. On cherche à promouvoir et faire découvrir des auteurs, comédiens, metteurs en scène français et bien vivant, qui sont trop souvent laissés à la porte des théâtres traditionnels.

En 1969, « l’ère des Copains » donne un renouveau à un café-théâtre, qui n’a rien perdu de son attrait, mais qui cherche néanmoins de nouveau horizons. D’autres Cafés-Théâtres de renommée vont naître, présents encore aujourd’hui, tel que Le Café de la Gare ouvert en 1969, Le Splendid datant de 1970, Le Vrai Chic parisien créé en 1971, Les Blancs Manteaux ouvert en 1972, Le Point-Virgule ouvert en 1975 et Le Bec Fin.

Ces cafés-théâtre ont vu dans ses rangs des comédiens et comiques aujourd’hui réputés et célèbres comme Josiane Balasko, Coluche, Gérard Depardieu, Jacques Higelin, Élisabeth Huppert, Sylvie Joly et Claude Cortesi.

On rapproche souvent le café-théâtre, au niveau de sa forme, au Cabaret, au One-man-show ou au Théâtre d’improvisation. Or il s’agit d’un mouvement artistique à la recherche de nouveauté.