Madame Yoko, candidate à « Drag Race »

Mai 25, 2024 | Articles de presse, News, Presse

L’avenir – 07 février 2024
Nicolas Guidi

 

Ian Lejeune est le seul représentant originaire de la province de Luxembourg dans l’émission Drag Race Belgique sur Tipik (RTBF). Rencontre et découverte d’un milieu atypique.

Dimanche dernier débutait la saison 2 de l’émission américaine « RuPaul Drag Race », déclinée chez nous sur Tipik avec « Drag Race Belgique ». L’occasion de nous pencher aujourd’hui sur ce milieu encore méconnu chez nous avec Ian Lejeune (33 ans), alias Madame Yoko, la seule candidate originaire de notre province. Il devra se mesurer à 8 autres drag queens au travers de défis et de défilés.

 

Parlez-nous de vous : qui êtes-vous et d’où venez-vous ?

Je viens du Vietnam. J’ai été adopté, mais mes parents sont originaires de Radelange (Martelange). J’ai fait mes primaires à Martelange et mes secondaires à l’Athénée royal d’Arlon. J’ai toujours été bien accepté quand j’étais jeune, jusqu’au moment où j’ai fait mon coming out. J’ai été un enfant heureux, mes parents m’aimaient. J’ai subi de l’incompréhension et beaucoup de questionnements. Je suis donc parti faire des études à Saint-Luc (Liège) pour devenir architecte d’intérieur. J’ai découvert la ville et son ouverture. Le milieu rural est assez fermé sur ce sujet de manière générale. J’ai terminé mon parcours à Bruxelles. Jusque-là, je ne sortais pas dans le milieu gay, j’en avais assez peur. Un jour, je suis sorti à la « Boule Rouge » à Bruxelles où j’ai admiré la prestation de Catherine d’Oex. Cela a été une révélation pour moi. Plus tard, j’ai chanté avec elle et elle m’a épaulé dans mes débuts. C’était en 2016.

Expliquez-nous, qu’est-ce que le drag ?

Ça vient de « dressed really as a girl », s’habiller vraiment comme une femme. Moi, j’y vois comme une sorte de parallèle entre qui on est, en tant qu’homme, et l’idéal que l’on souhaite devenir au travers d’un personnage. Le drag ne se résume heureusement pas à « je me déguise en femme ». C’est se créer un personnage, un autre soi. C’est de l’expression scénique au final. Nous n’avons rien inventé, ça date de l’antiquité ! À l’époque, les femmes ne pouvaient pas faire du théâtre et donc, les hommes jouaient les rôles de femmes. Idem au théâtre japonais, le kabuki. Coiffeur, danseur, chanteur, styliste, créateur de bijoux… On regroupe tout ça.

 

Drag Race Belgique, c’est une belle vitrine pour votre art ?

Complètement ! Je suis très content et fier que ce soit endossé par une chaîne publique comme la RTBF. Tout comme en France avec France 2 ou en Angleterre avec la BBC. Les chaînes de TV cherchent à promouvoir la diversité et la culture et c’est très bien !

 

Pensez-vous que le drag est de plus en plus connu et accepté chez nous ?

Non ! Ce n’est pas parce que cela passe à la TV que cela s’est démocratisé. Les gens ont encore beaucoup de préjugés, l’inconnu fait peur. Mais cela évolue positivement.

 

Sur le plan personnel, cela a-t-il toujours été facile pour vous d’assumer votre passion ?

Moi, je l’ai tout de suite assumé, car c’est ce que je voulais faire. Mon compagnon m’a toujours encouragé à le vivre. Je ne l’avais jamais dit à ma mère et, un jour, je lui ai envoyé une photo de moi en tenue. Sa réaction ? « Tu me prêteras ton collier ! » Elle n’a même pas fait attention au fait que j’étais habillé en drag-queen. Par contre, elle m’a dit de ne pas en parler à mon père. Je ne lui ai jamais dit. Il est aujourd’hui décédé. Peut-être aurais-je dû lui dire…

 

Comment se déroule une émission ?

Un épisode, c’est deux jours de tournage. On recommence énormément de scènes. Ça manque un peu de spontanéité pour nous, mais pas pour le public. Une saison complète, c’est trois semaines de tournage.

 

Êtes-vous aidé dans les costumes et les maquillages ?

Pas du tout ! Quand on est casté, on nous envoie un document 6 semaines avant le tournage pour préparer nos tenues. On nous donne tous les thèmes de façon assez vague. Même si on est éliminé au début, toutes les tenues, jusqu’à la fin de la saison, doivent être prêtes. On dépense des milliers d’euros dans la confection des tenues. Les défilés, on les tourne 5 fois pour ne garder que les meilleures prises de vues.

 

Quelques mots du vocabulaire de Drag Race Belgique…

Lip sync : Il s’agit d’une bataille de chant en play-back entre les deux concurrentes ayant obtenu les moins bonnes notes à l’issue d’une émission. La perdante de cette épreuve est éliminée.

Shantay you Stay/Sashay A way : Formule prononcée par la présentatrice à l’issue du Lip Sync. Shantay you Stay, pour la gagnante et Sashay Away pour la perdante.

Mes reines/Mes queens : Surnom donné aux candidates de l’émission.

Drag king : Équivalent de « drag queen » pour les artistes qui interprètent un personnage aux traits masculins.

Drag mother : Drag queen expérimentée qui joue le rôle d’une mère dans l’apprentissage d’une drag queen débutante.

Werk Room : Salle dans laquelle les concurrentes se préparent pour les épreuves.

Runway : Piste sur laquelle les candidates défilent avec leur tenue devant le jury.

Snatch Game : épreuve de parodie.

Pit Crew ( Frite Crew en Belgique) : Assistants de la présentatrice de l’émission.

 

Drag Race Belgique, chaque dimanche à 22 h 00, sur Tipik et en replay sur RTBF Auvio.